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1900 : Inaptitude à éprouver l’orgasme sexuel – les bons conseils du Dr W. A. Hammond

Extrait de "L'impuissance sexuelles chez l'homme et la femme" du Dr W.-A. Hammonf

Tout médecin sait que nombre de femmes traversent une longue vie conjugale sans avoir jamais ressenti, lors du coït, la moindre sensation de plaisir.
Il sait aussi qu’il est des femmes qui, originellement normales à cet égard, perdent très tôt, ou bien avant le moment où l’on s’y attendait, cette aptitude au plaisir sexuel.

La vie sociale de la femme est telle qu’elle lui impose des barrières qui n’existent point où existent moins pour l’homme. Elle peut être unie à un homme brutal ou dégoûtant, tel que l’idée seule du coït est horrible. L’élément mental joue un tel rôle dans l’acte sexuel, qu’il n’est pas étonnant que, dans de telles circonstances, la femme demeure absolument  insensible, alors que peut-être, avec un homme capable de provoquer l’action, les choses iraient tout autrement. C’est là un point qui a été souvent négligé. L’affection qui a pu autrefois exister a pu disparaître de part et d’autre. Si elle a abandonné le mari, il n’approche sa femme que s’il est poussé par le simple instinct animal. Il s’abstient totalement, ou bien il cherche à satisfaire son appétit et son émotion avec une femme capable d’éveiller l’un et l’autre. Mais pour les femmes il en va autrement, si ce n’est pour celles qui trafiquent de leur corps, et même, chez elles, l’amour, si fugitif qu’il puisse être, s’éveille souvent. Pour les autres, il est douteux que, dans le dixième des rapprochements, elles éprouvent la moindre sensation de plaisir à un moment quelconque. La femme honnête, mariée, se soumet passivement et est impuissante. Elle perd la faculté de jouer son rôle dans l’acte sexuel, ou si elle est mariée, par la force de circonstances irrésistibles, à un homme qu’elle hait, elle n’éprouve jamais le moindre plaisir sous ses caresses. Au contraire, celles-ci lui inspirent le plus profond dégoût.

Dans les cas de ce genre, le médecin ne peut rien : la mort ou le divorce peuvent seuls remédier à la situation, et alors un autre mariage, plus heureux, complète la guérison. Il est une autre sorte d’impuissance qui se rencontre chez la femme et qui, sans être complète, donne de grands soucis et conduit souvent à des complications nerveuses inquiétantes. Je veux parler de la forme où, avec de vifs désirs et l’aptitude à éprouver l’ dans toute son intensité, le plaisir ne se produit jamais, parce que l’homme atteint son apogée au moment où la femme n’y est point encore parvenue. Le pénis redevient flasque, l’homme a fini sa partie et la femme demeure avec son système nerveux très excité et attendant quelque chose qui ne se réalise point. C’est un fait général que les femmes sont plus lentes que les hommes à atteindre le summum
du paroxysme vénérien. Dès le début de l’acte, elles éprouvent un certain degré de plaisir, mais celui-ci n’obtient son complet développement qu’avec plus de  lenteur que cela n’a lieu chez l’homme. Il est probable qu’à l’état de nature, il n’y a pas de différence à cet égard entre les hommes et les femmes, mais la civilisation a mis des barrières au développement de l’appétit sexuel chez un des sexes, alors qu’elle n’en a
mis que peu ou point à son exercice chez l’autre. Il en résulte l’impétuosité chez les hommes, et la pudeur et la réserve chez la femme. Il arrive souvent qu’avec la répétition de l’acte sexuel, cette inégalité disparaît en grande mesure, mais ceci ne se produit pas toujours, tant s’en faut, et beaucoup de femmes à désirs vifs, et qui aiment leur mari, traversent la vie sans avoir guère l’idée de ce qu’est l’acte sexuel ; elles n’ont  jamais éprouvé dans sa plénitude le plaisir qui caractérise le coït.

Dans beaucoup de ces cas, les moyens thérapeutiques, bien qu’ils puissent ne consister qu’en quelques paroles claires et judicieuses, s’adressent au mari. Si toutefois il semble qu’il y ait lieu de stimuler l’appétit sexuel de la femme, on peut prescrire la solution suivante :

Extrait de chanvre indien,

— de noix vomique. aa 2 grammes.

— aqueux d’aloès. 6 décigrammes.

Cent pilules ; trois par jour.

En outre, les douches vaginales chaudes avant de se mettre au lit. Grâce à ces moyens, j’ai vu de mes patientes éprouver un mieux très sensible. Tout l’acte sexuel est tellement sous la dépendance de l’habitude que, selon toute vraisemblance, le perfectionnement une fois acquis devient permanent.

L’onanisme est une des principales causes de l’indifférence des femmes à l’égard du coït et de leur inaptitude à éprouver l’orgasme. Les raisons en sont presque identiques à celles qui ont été indiquées pour les hommes adonnés à ce vice. Les images formées par l’imagination sont à tel point plus intenses que les faits réels que ces derniers ne suffisent pas à produire le degré d’excitation nécessaire à la production de l’orgasme. Il y a là une cause d’impuissance selon le système de classification adopté dans le présent ouvrage.

Il est difficile de traiter avec succès les cas du genre de ceux dont il s’agit, même dans les circonstances les plus favorables, et il est malaisé d’obtenir ces circonstances. Tout d’abord, il faut une renonciation complète à l’onanisme ; en second lieu, un repos absolu des organes sexuels en ce qui concerne le coït pendant une période qui leur permette de récupérer leur tonicité perdue. Cette période varie selon les cas, il y faut souvent une année. En troisième lieu, éviter les pensées ou les fréquentations lascives. Il est, je l’ai dit, difficile d’obtenir tout ceci. Mais sans ces conditions, il n’est guère la peine que le médecin entreprenne la cure. Si toutefois on pouvait arriver à les réaliser, il y a des chances sérieuses pour qu’avec le temps, la guérison soit obtenue. Celle-ci sera facilitée par la fréquentation d’une société de haute moralité. Les médicaments ne servent pas à grand’chose, à moins d’indications spéciales, et le traitement est plutôt mental que physique. Je ne m’occupe ici que des effets de l’onanisme sur l’indifférence sexuelle et l’impuissance à l’égard du sexe masculin : si je l’envisageais à d’autres points de vue, j’aurais beaucoup à dire, comme l’on peut bien penser.

Les excès sexuels produisent chez la femme les mêmes effets que chez l’homme. Les cellules nerveuses du centre qui président à la fonction s’épuisent sans doute et ne répondent plus correctement au stimulus qui, normalement, les met en action. Il n’y a pas d’érection du clitoris ni des parties voisines comme lui érectiles ; la friction du pénis contre ces parties ne détermine pas de plaisir, et si l’orgasme est atteint, il est imparfait, et les sensations voluptueuses sont réduites au minimum. Dans ces conditions il arrive parfois que le désir demeure aussi vif que par le passé, et d’autres fois il est éteint.

Les cas de ce genre veulent être traités d’après les principes qui ont été posés dans la première section de ce travail pour la cure de la même condition chez l’homme.

Tout d’abord, continence complète, et éviter tout ce qui par la vue, l’ouïe, le toucher, la mémoire, peut exciter les organes déjà épuisés. En même temps un léger traitement tonique. La prescription (Sulfate de strychnine 6 centigram. Acide hypophosphorique dilué…. 3 grammes) convient fort bien, et on y peut ajouter avec fruit un verre de vin de coca à chaque repas. Si la sensibilité des tissus érectiles et de la muqueuse vaginale est notablement diminuée, on peut employer coup préférable aux embrocations recommandées par quelques autorités françaises.

Celles-ci renferment quelque substance stimulante comme la moutarde, l’ammoniaque, l’alcool, et peuvent être employées quand on ne peut avoir recours à l’électricité. Le courant faradique appliqué au moyen d’une éponge mouillée placée dans la vulve tandis que l’autre est en contact avec la région lombaire ou vulvaire, représente une forme d’électricité très recommandable. Le courant galvanique peut toutefois être employé, et, dans certains cas, il agit mieux que l’électricité faradique.

Dans ces cas, il faut que le mari et la femme fassent lit à part, mieux encore, chambre à part. Les raisons de ce conseil sont évidentes, et il n’est point besoin de les spécifier plus clairement.

William A. Hammond

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