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« Le mal du Roi », ou quand le jeune Louis XV s’inquiète de sa puberté naissante et se désintéresse des femmes

Le jeune Louis XV, qui vient de fêter ses onze ans, s'inquiète auprès d'un de ses valets de chambre d'un mal bien étrange qui le surprend et qui signe sa naissante. Le domestique répond au roi que ces éjaculations sont un signe de bonne santé et qu'il ne faut guère s'en inquiéter. Louis décide tout de même d'en parler à son premier chirurgien, qui le rassure aussi en expliquant à l'enfant qu'à son âge tout cela est bien normal.

L'anecdote nous est racontée par Mathieu Marais dans son journal, à date de février 1721 :

« Le Roi a eu un mal fort plaisant et qu'il n'avoit point encore senti : il s'est trouvé homme. Il a cru être bien malade et en a fait confidence à un de ses valets de chambre, qui lui a dit que cette maladie là étoit un signe de santé. Il en a voulu parler à Maréchal, son premier chirurgien, qui lui a répondu que ce mal-là n'affligerait personne, et qu'à son âge il ne s'en plaindrait pas. On appelle cela en plaisantant le mal du Roi, comme on disoit de la fistule du feu Roi, qui ne s'appelle point autrement et à la Cour et à la ville que le mal du Roi, encore aujourd'hui. »

 

Journal et mémoires de Mathieu Marais, avocat au Parlement de Paris, sur la régence et le règne de Louis XV (1715-1737) : publiés pour la première fois d'après le manuscrit de la Bibliothèque impériale. Tome 2.
Portrait de Louis XV enfant par Pierre Gobert, vers 1721/1722. (détail).

Pubère, mais peu intéressé par les filles

Bien que pubère précocement pour son époque, Louis XV avait la réputation de ne pas s'intéresser suffisamment aux filles qui lui tournaient autour. Au point qu'à l'été des 14 ans du jeune roi, en 1724, on fit tout pour le jeter dans les bras d'une femme et forcer le destin en complotant l'une ou l'autre embûche amoureuse. On chargea Madame de la Vrillère, femme d'expérience et ex-maîtresse du Régent le duc d'Orléans, d'organiser le du Roi. Le Moineau, c'est le surnom qu'on lui donnait, se dévoua d'abord elle-même pour cette tâche ... mais ne réussit pas car le jeune adolescent resta de marbre face aux charmes déployés par celle pourtant décrite comme magnifique par ses contemporains. Louis XV repoussa également la petite duchesse d’Épernon  ainsi que quinze autres jeunes femmes qui lui furent présentées.

Le jeune garçon préfère la chasse

L'avocat Barbier relate dans son journal que Louis XV préfère les parties de chasse aux parties de jambes en l'air :

« Le Roi ne songe qu'à chasser et il ne veut point tâter du ... ». [...] « C’est dommage, car il est bien fait et beau prince. Mais si c’est son goût, qu’y faire ? Il est en place à ne se point gêner. »

Toutefois, bien que plusieurs sources indiquent que toutes les tentatives pour déniaiser le jeune Roi aient échouées, une chanson circule dans Paris et prétend que Louis XV aurait finalement cédé aux avances de la belle madame de La Vrillière, méchamment qualifiée dans les paroles de « grand-mère » alors qu'elle est âgée de 36 ans. Soit 22 de plus que le Roi …

A la fin, notre jeune roi
S’est soumis à la douce loi
Du dieu qu’on adore à Cythère,
Laire lan laire.

De dix-sept bêtes qu’il courut,
Quoique tous fussent en rut,
Il n’a choisi qu’une grand-mère.

Mais quoique l’objet de son choix
Ne soit pas un morceau de roi,
C’était la meilleure ouvrière.

Pour dresser un jeune courrier
Et l’affermir sur l’étrier,
Il lui fallait une routière ;
Aussi, depuis cet heureux jour
Tout tremble sous elle à la cour,
Tant de sa conquête elle est fière.

« Battons le fer quand il est chaud,
Dit-elle, en faisant sonner haut
Le nom de sultane première.

Je veux en dépit des jaloux
Qu’on fasse duc mon époux,
Lasse de le voir secrétaire.

Je sais bien qu’on murmurera,
Que Paris nous chansonnera ;
Mais tant pis pour le sot vulgaire.

Par l’épée ou par le fourreau
Devenir duc est toujours beau,
Il n’importe de la manière.

Bien des maris sont convaincus
D’être authentiquement cocus
Et de duchés ne tâtent guère.
Laire lan laire. »

 

Sources :

  •  Le mariage de Louis XV : d'après des documents nouveaux et une correspondance inédite de Stanislas Leczinski / par Henry Gauthier-Villars / 1900
  • Journal et mémoires de Mathieu Marais
  • Chronique de la régence et du règne de Louis XV (1718-1763) ou Journal de Barbier
  • Chansonnier historique du XVIIIe siècle, Emile Raunié, 1879

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